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X pour robe eXceptionnelle


Dans cet abécédaire, madame X ne sort pas de son anonymat pour des prunes. Comme elle n’a absolument rien à se mettre au quotidien, elle a simplement décidé d’aller piocher dans la garde-robe des grands jours, voire de la journée la plus mythique (logiquement) d’une vie. Et pour se débarrasser de toutes les connotations péjoratives ou sulfureuses liées à sa lettre, elle a choisi de convoler en justes noces et de prendre le nom d’un autre. Tour à tour, reine, princesse ou simple mortelle, elle affiche sa beauté blanche prête à émouvoir toute l’assistance présente à son mariage. À journée d’exception, robe exceptionnelle, alors ne boudons pas notre plaisir. Vive la mariée!

1 Illustration_L. Royer©2016, illustration originale de Ludovic Royer — Infographie : Création Romu

Comme le mentionnait la chronique précédente sur la robe à la Watteau, le terme robe englobe plusieurs concepts : il évoque la toge que portaient les hommes sous l’Antiquité ainsi que l’habit de certaines catégories professionnelles, comme les magistrats et les avocats, ou de certaines fonctions, comme le vêtement sacerdotal et professoral. Cependant, c’est l’attribut féminin «composé d’un corsage et d’une jupe d’un seul tenant», selon la définition du Larousse, qui nous intéresse plus particulièrement. L’étymologie du mot robe remonte au XIIe siècle, et Le Grand Robert précise qu’il provient du terme germanique rauba signifiant butin en ancien français, sens inhérent au mot robe jusqu’au XVIe siècle. Quant au terme mariée, c’est un dérivé du verbe latin maritare qui, pris au son sens large pour des personnes ou des choses, signifie unir, allier, assortir. Dans l’expression robe de mariée, c’est bien évidemment l’idée de mariage et d’union qui est l’acception pertinente.

Un rapide survol de peintures et documents traitant du mariage, avant la fin du XIXe siècle, montre que la longue robe blanche actuelle n’était pas de mise lors des cérémonies. À l’époque romaine, même si le jour de ses noces la future mariée portait une tunique blanche recouverte d’un long manteau, des sandales safran et une couronne de fleurs d’oranger sur ses cheveux tressés, la tenue blanche ne devint pas pour autant une tradition. Au Moyen-âge, la jeune mariée issue du peuple arborait sa plus belle robe, souvent celle pour aller à l’Église. Il n’y avait pas de couleur précise, toutefois, le rouge était prisé, car les teinturiers maîtrisaient bien cette riche tonalité dont la vivacité flatteuse rehaussait la tenue. Pour la future épouse, l’objectif consistait à pouvoir la remettre lors d’autres occasions, ce qui expliquait aussi le choix de couleurs plus neutres telles que des bruns clairs, des gris, des roses moirés ou du noir. Les dames de la haute société et les princesses revêtaient également des robes de couleur agrémentées de fils d’or et d’argent ou d’hermine à l’encolure, leur rang transparaissant dans le raffinement des brocards et des accessoires portés.

Rite social et religieux jusque-là, le mariage s’institutionnalisa fortement, lorsqu’il fut retiré des compétences de l’Église et fit l’objet d’un contrat civil par une loi, en 1792. En ville et à la campagne, cette institution se répandit, survécut à la Révolution et se raffermit sous le Second Empire. Dans les milieux bourgeois, des visées financières et patrimoniales servirent fréquemment de toile de fond aux unions ainsi contractées. Peu à peu, une codification de l’acte et des étapes concourant à sa concrétisation émergea ; bien que prépondérant, l’aspect économique prenait, parfois, en compte l’inclination réciproque des futurs époux. Les règles présidant à la cérémonie et aux festivités se définirent aussi, attestant le rang social des mariés et de leur famille. Parmi les rituels associés à cette institutionnalisation du mariage, le port de la robe blanche commença à poindre, surtout dans les unions princières et nobles.

2 robes mariée royauté UKDe gauche à droite : la reine Victoria, Élisabeth II d’Angleterre, Lady Diana, la duchesse de Cambridge — Infographie : Création Romu

C’est la reine Victoria qui changea la donne, lors de son mariage le 10 février 1840, avec son cousin Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Rompant avec la tradition de la couleur pour cette occasion, notamment le rouge, symbole de son rang royal, qu’elle aurait pu adopter, Victoria choisit une robe de satin blanc ornée de dentelles qu’accompagnaient une simple couronne de fleurs d’oranger et un voile fixé dans sa coiffure laissant paraître son jeune visage. La couleur blanche et le style lancé par la reine Victoria influencèrent considérablement les mariées des cours européennes et des milieux aisés. Il est intéressant de souligner l’évolution de cette tenue d’exception au sein de la famille royale britannique et de constater que certaines robes sont emblématiques de leur époque, tant par la personnalité mythique de celles qui les portent, que par la connotation de mariage du siècle à laquelle elles sont associées. Un peu plus de cent ans après le mariage de Victoria, son arrière-petite-fille, Élisabeth II d’Angleterre, épouse Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, en 1947. La jeune reine ne faillira pas à la tradition du blanc et des fleurs d’oranger devenues les motifs brodés dans l’étoffe de sa robe, avec des lys également, royauté oblige! Presque trente-cinq ans plus tard, en 1981, Lady Diana se marie avec le prince Charles de Galles : taffetas blanc pour ne pas déroger à la tradition, par contre la démesure est au rendez-vous, dans la débauche de dentelles et de perles, dans la longueur de la traîne, ainsi que dans les manches bouffantes et l’encolure ourlée de volants ; mais, cette tenue est entrée dans la légende des années 80… et de sa mode un peu clinquante ! Trente ans après, le mariage du nouveau siècle fait la une des médias internationaux : le conte de fées est à son apogée, une roturière, Catherine Middleton, épouse un prince, William de Galles. Le soufflé est retombé, blanc de rigueur, mais tendance 2011 oblige, distinction et sobriété rimeront avec grâce et beauté. La robe de mariée de la duchesse de Cambridge remporte tous les suffrages, la presse soulignant même sa ressemblance avec celle d’une autre icône royale, Grace de Monaco, alias Grace Kelly, en 1956.

3 robe mariée évolution XXePeinture : Une noce chez le photographe, Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929) — Infographie : Création Romu

Le modèle inspiré par la reine Victoria fut repris non seulement par toutes les princesses européennes, mais il se démocratisa dès les années 1900. C’est ainsi que le blanc et son cortège de symboles — chasteté, virginité, pureté, foi, honnêteté, etc. — s’imposèrent dans toutes les classes sociales, à partir du XXe siècle. Les tendances qui influencent la mode féminine de chaque époque s’appliqueront également à la robe de mariée, définissant ainsi son design, les étoffes et les ornements utilisés. La folie des années 20 confère légèreté et fluidité à la robe de mariée, dont la taille n’est pas marquée, puisqu’elle est coupée aux hanches, comme le veut la mode. Généralement longue ou à la cheville, la tenue affiche parfois sa nature Art déco : elle devient alors asymétrique, exhibe un décolleté audacieux dans le dos — la silhouette à la garçonne et le fume-cigarette lui collent à la peau — et brille de tous ses sequins et strass que des perles fantaisie viennent subtilement nacrer. Bandeaux, diadèmes et couronnes de fleurs auxquels sont fixés des voiles, voire des plumes, féminisent l’ensemble. Lors de récessions ou de conflits mondiaux, le secteur vestimentaire est touché de plein fouet. Durant la Seconde Guerre mondiale, la robe de mariée devra se serrer la ceinture et servir un double objectif : embellir la future épouse, puis habiller la femme mariée. La pénurie de tissu et le système de rationnement ne font pas bon ménage avec la frivolité. Qu’à cela ne tienne, le tailleur sera une excellente alternative, tout comme la robe courte qui prendra du galon à cette occasion. Après les rigueurs de la guerre de 1939-1945, une envie de légèreté et de raffinement flottera de nouveau. Le vent de libération ayant soufflé sur Paris et la France, avec la fin de la guerre, inspirera des créateurs tels que Dior qui libérera la robe de mariée de son carcan d’austérité. La belle d’un jour exhibe alors son corsage ajusté, sa taille marquée et sa forme longue évasée jusqu’aux pieds. Cette féminité séduisante se perpétuera jusqu’à la fin des années 60, époque à laquelle l’émancipation féminine et les revendications anticonformistes pousseront les futures épouses à se marier en tenue standard, voire en pantalon. Les années 80 voient refleurir la robe de princesse toute de broderies et perles vêtue, avec sa large jupe évasée et ses volants un peu partout. Le blanc ou l’écru continuent à prédominer, même si une tendance pastel teintée de sobriété se dessine au début des années 90.

4 robe mariée_haute couturePhoto à droite : Naomi Campbell pour Élie Saab — Infographie : Création Romu

Naturellement, la beauté évanescente de la robe de mariée ne pouvait échapper à l’univers de la haute couture. De tout temps, le clou du spectacle offert par les défilés a été la présentation de cette robe, tenue exceptionnelle par sa raison d’être et son allure. Sorte d’apothéose inventoriant toutes les facettes d’un savoir-faire, la robe de mariée est la quintessence de la créativité que le grand couturier déploie, quitte à s’éloigner de sa vocation originelle : habiller la femme le jour de ses noces. De grands couturiers tels que Lagerfeld (Chanel), Versace, Vivienne Westwood, Yves Saint-Laurent, Balmain, Christian Lacroix (Dior), Élie Saab ou Givenchy ont signé des modèles devenus mythiques dans l’histoire de la haute couture, même s’ils semblent parfois délirants, très théâtraux et parfaitement immettables. L’imaginaire de ces créateurs frise parfois la folie douce pour le commun des mortels! Créativité ne rime pas toujours avec beauté, c’est l’exception qui confirme la règle!

Impossible de remiser notre robe de mariée dans sa boîte, sans passer par la case cinéma dont certains films légendaires ont mis en valeur cette tenue, grâce à la beauté des costumes créés pour l’occasion. Dans Autant en emporte le vent (Gone with the Wind, Victor Flemming, 1939), Scarlett, alias Vivian Leigh, pressée de se marier ne peut passer inaperçue dans sa robe au bras de Charles Hamilton, son premier mari qu’elle n’aime pas, d’autant qu’elle porte la robe de mariée de sa mère. Les jeunes années d’une reine (The Young Victoria, 2009), le très beau film du réalisateur canadien Jean-Marc Vallée, permet au spectateur de découvrir une Victoria éblouissante de naturel (Emily Blunt), le jour de ses noces, dans une robe fidèle à l’esprit de l’original créée par la talentueuse et oscarisée Sandy Powell. Aucune robe de mariée arborant la forme princesse ne peut égaler celles imaginées par les illustrateurs de Disney dans leurs dessins animés. La magie du coup de crayon, des couleurs et des ambiances propices à l’émerveillement rend cet univers inimitable… sauf si la maison Disney elle-même fait appel au talent d’une créatrice de costumes réputée comme Sandy Powell, pour réaliser la robe de mariée de Cendrillon, dans le film éponyme (Cinderella, Kenneth Branagh, 2015). Misant sur la bonté innée de Cendrillon, la conceptrice a joué la simplicité en choisissant un beige naturel et des impressions florales mises au service de la candeur et de la fraîcheur du personnage. L’alliance des effets spéciaux et des surimpressions animées au réel opère pleinement et préserve toute la féerie du conte.

5 Robe marié au cinémaTriptyque de gauche à droite : Vivian Leigh, Emily Blunt, Lily James / À droite : Créations d’Alfred Angelo   — Infographie : Création Romu

Ces héroïnes de récits merveilleux sont tellement imprimées dans l’imaginaire collectif, notamment leur incarnation à la Disney, qu’elles ont inspiré une des collections de robes de mariées d’un créateur américain, Alfred Angelo. Princesses de toujours deviennent mariées d’un jour : Ariel, Jasmine, Belle, Elsa ou Raiponce, autant d’icônes animées qui se matérialisent le temps d’une noce. Après tout, un peu de rêve et de féérie, dans une réalité où réalisme cru et violence s’avèrent le lot quotidien, sont un baume au cœur ou une petite guimauve réconfortante. Tant que cette belle d’un jour ne joue pas les meringues trop sucrées, cela reste charmant, comme le prince lui-même.

Le thème de cette première série alphabétique vous invite à voyager au travers de mots se référant aux vêtements et accessoires vestimentaires. Le choix des termes présentés est une sorte de coup de cœur pour leur saveur exotique, leur sonorité particulière ou l’originalité du concept affleurant sous le mot. Alors bon voyage au travers de cette chronique hebdomadaire.

EmRoy

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3 Réponses

  • Roméo Alfa Tango sur avril 30, 2016, 23:05:48

    Voyage exceptionnel dans les coulisses froufroutants de la robe immaculée, la reine Victoria a dut éblouir son prince Albert moulé dans sa culotte blanche ajustée, ce qui explique sans doute leur nombreuse descendance…

    Répondre àRoméo
    • EmRoy sur mai 1, 2016, 14:56:07

      Bonjour Roméo,
      C’est exactement ce que les historiens sous-entendent. Mariage heureux… et ils eurent beaucoup d’enfants, comme dans les contes de fées. Après tout, la robe de mariée se décline souvent dans sa forme princesse. Merci de ce commentaire un tantinet coquin.;)

      Répondre àEmRoy

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