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PN pour père Noël


Il était une fois un «I» droit comme un bâton qui… non, non, il ne s’agit pas de cela. Pardon? Et l’ordre alphabétique de tout abécédaire qui se respecte? Après le «H» du précédent article, le «I» va de soi! Cette chronique aurait-elle perdu la boussole et le Nord par la même occasion? Ou la logique du calendrier imposerait-elle un petit détour par… le Pôle Nord? Naturellement, le clin d’œil entendu du vieux bonhomme dans son habit rouge ne pouvait passer inaperçu, à cette époque de l’année. Un petit cadeau de la rédaction, en cette veille de Noël, qui vous fera découvrir si le père Noël était en colère et avait vu rouge le jour où il a choisi la couleur de sa légendaire tenue.

Dans l’imaginaire collectif, ce personnage débonnaire vit dans un univers rempli de jouets, entouré de lutins et de rennes, et s’applique, chaque année, à distribuer des cadeaux dans les souliers des enfants sages, en passant par la cheminée, durant la nuit du 24 au 25 décembre. Cette interprétation apparemment simpliste cache, cependant, une réalité un peu plus complexe, quant aux origines du sympathique bonhomme.

©2015, illustration originale de Ludovic Royer — Infographie : Création Romu

L’étymologie de la locution <père Noël> comprendra deux parties : la première concerne le terme « Noël » dont la source remonte aux alentours de 1112 avec le mot nael issu du latin natalis (dies) qui signifie « (jour de) naissance ». Toutefois, cette recherche ne développera pas plus la connotation religieuse se rattachant à la célébration de Noël. En effet, c’est le concept véhiculé par la locution qui nous intéresse, celui de Santa Claus, le pendant américain du père Noël francophone. Voici donc la deuxième partie étymologique, celle de l’origine du terme Santa Claus qui provient du terme Sinterklaas désignant <saint Nicolas> en néerlandais.

Aller aux sources étymologiques de Santa Claus permet de mieux comprendre toute l’imagerie populaire qui se cache derrière la figure emblématique du père Noël actuel. En effet, l’icône du père Noël qui s’est peu à peu forgée aux États-Unis est intimement reliée au Vieux Continent, au travers des racines du patriarche joufflu. Ce personnage hybride, dont l’apparence et l’univers furent modelés par diverses influences, repose sur le mélange de légendes originaires d’Europe. La plus évidente est celle de son prestigieux ancêtre, saint Nicolas, Évêque de Myre, dont une relique fut rapportée de Bari (Italie) par un chevalier lorrain, au XIe siècle.

Gravures tirées de l’album de Jean-Marie Cuny, « Saint Nicolas », Imagerie d’Épinal, Épinal, 1987 — Infographie : Création Romu

La renommée du Saint-Homme et de ses nombreux miracles fit que le culte de saint Nicolas se répandit dans toute la Lorraine et dans les pays européens voisins. En 1477, il fut choisi comme patron de la Lorraine, mais c’est en tant que protecteur des enfants qu’il y est célébré. Chaque année, dans la nuit du 5 au 6 décembre, il leur apporte des cadeaux et des friandises, comme le fait son homologue Sinterklaas aux Pays-Bas. Dans les rues de certaines villes de Lorraine, par exemple Épinal, la patrie des images où les enfants sont toujours sages…, on peut le voir également défiler, sur un char accompagné du sombre père Fouettard. Vêtu de son long manteau vert, rouge et or, et coiffé de sa mitre, saint Nicolas tenant sa crosse d’évêque dorée distribue de-ci de-là des signes de la main et des bonbons, au grand émerveillement des enfants.

Au nord de l’Europe, les pays scandinaves avaient aussi leurs propres traditions et légendes, un univers composé de personnages mythiques, lutins et elfes qui récompensaient les enfants sages en leur apportant des cadeaux, le soir de Noël. Il fallait d’ailleurs la taille et toute l’agilité d’un lutin pour se glisser dans le conduit d’une cheminée! Certaines illustrations de la tradition suédoise présentaient déjà l’un des petits personnages avec une barbe blanche et des habits rouges. Dans le reste de l’Europe, il existait aussi des versions profanes représentant les prémices du père Noël : en Angleterre, il s’agissait de Father Christmas, on parlait du « Bonhomme Noël » en France et de Weihnachtsmann en Allemagne.

Infographie : Création Romu

Sa parenté avec ces légendes scandinaves ou le mythe de Sinterklaas, revivifié en Amérique par certains immigrants hollandais, se retrouve donc dans les attributs qu’il a conservés (barbe blanche, habits rouges, bottes et hotte) et qui influencèrent illustrateurs et écrivains, tel Washington Irving (1783-1859), un auteur new-yorkais qui publia une satire intitulée A History of New York from the Beginning of the World to the End of the Dutch Dynasty. Sous le pseudonyme de Diedrich Knickerbocker, l’auteur y fait notamment référence à un St. Nicholas malicieux et fumeur de pipe passant par les cheminées pour déposer les cadeaux qu’il apporte aux enfants. Publiée le 6 décembre 1809, cette histoire fut dédiée par W. Irving à la New York Historical Society, dont il était membre, et qui avait été fondée, en 1804, par John Pintard, un antiquaire et influent patriote américain, qui s’évertuait, lui aussi, à promouvoir saint Nicolas, comme patron de son cercle et de la ville de New York.

L’autre écrivain américain ayant contribué à la naissance iconographique du père Noël est Clement Clark Moore, un professeur de grec et de littérature orientale, qui écrivit un poème fantastique, A visit from St. Nicholas, plus connu sous le titre de Twas The Night before Christmas. En raison de son statut professoral, de sa respectabilité et du caractère fantastique du poème, l’auteur le publia anonymement, en 1822, dans le journal New York Sentinel. Son St. Nick qui n’est jamais désigné sous le nom de Santa Claus ressemble déjà à un petit vieillard aux joues rebondies et au ventre arrondi. Clement Moore avait sans aucun doute prêté une oreille attentive aux histoires et références citées par l’une de ses relations, John Pintard!

Thomas Nast, Harper’s Weekly (1863 à 1886) — Infographie : Création Romu

Le dernier contributeur, et non le moindre, est un caricaturiste politique du XIXe siècle, Thomas Nast. Grâce à ses origines bavaroises, l’illustrateur qui avait immigré aux États-Unis avec ses parents, à l’âge de 6 ans, pouvait puiser dans une inspiration imprégnée des légendes et personnages mythiques du nord et de l’est de l’Europe. Sa première version du père Noël et de sa bonhomie joviale fut publiée, en 1863, dans le Harper’s Illustrated weekly, afin de distraire le peuple américain et le pays alors aux prises avec la guerre de Sécession (1861-1865). La popularité de l’illustration fut telle que Thomas Nast dut réitérer sa tentative, en 1881, avec un second dessin qui donna naissance à l’image rubiconde et débonnaire de Santa Claus. Jusqu’en 1886, le caricaturiste produira 33 illustrations fixant l’apparence mythique d’un père Noël jovial à la barbe blanche et au ventre rebondi.

Affiches de gauche : H. Sundblom, illustrations pour les campagnes Coca Cola — Infographie : Création Romu

Même la couleur du costume du père Noël est devenue une légende… urbaine. En effet, nombreux sont ceux qui pensent que Coca Cola a donné son identité visuelle rouge aux habits du père Noël. Que la société ait contribué à en formaliser l’image actuelle est un fait, mais elle n’en est pas la créatrice. En 1931, pour stimuler les ventes hivernales de la boisson, l’agence de publicité de Coca Cola choisit de réaliser une campagne réaliste et symbolique incarnée par Santa Claus. Haddon Sundblom, un illustrateur du Michigan, fut mandaté pour créer les affiches utilisant le personnage du père Noël lui-même. Inspiré par le St. Nick du poème de Clement Moore, le dessinateur fixera, alors, l’image du patriarche vêtu de rouge, au visage jovial et rubicond noyé dans sa barbe blanche. Jusqu’en 1964, Haddon Sundblom reproduira l’illustre figure pour les campagnes Coca Cola, empruntant les traits de son voisin, un vendeur à la retraite, et même les siens — après la mort de son ami — pour dessiner ceux du père Noël. Si le rouge de la marque Coca Cola fut immortalisé dans les habits de Santa Claus, le patriarche joufflu et débonnaire jouissait, quant à lui, d’un riche passé et d’une longue carrière d’icône emblématique.

« The Polar Express », Robert Zemeckis, Castle Rock Entertainment, 2004 — Infographie : Création Romu

Régulièrement, le père Noël « se paie une toile » et vole la vedette dans des films célébrant la magie de Noël. Quoi de plus naturel comme mot de la fin qu’un film dont les illustrations et animations sauront émerveiller petits et grands devant l’écran? Réalisé en 2004 par Robert Zemeckis, The Polar Express ou Le Pôle express (Boréal express au Québec), dans lequel Tom Hanks incarne six rôles différents, est un bel hommage à l’esprit de Noël. Believe it or not, mais il faut le voir pour le croire! Alors, n’hésitez pas, lorsque vous entendrez le train siffler, laissez-vous emporter par la magie de Noël et partez à la recherche de la silhouette toute de rouge vêtue.

Infographie : Création Romu

Rendez-vous pour notre prochaine chronique le 12 janvier 2016. En attendant, prenez le temps de découvrir nos précédents articles.  

Le thème de cette première série alphabétique vous invite à voyager au travers de mots se référant aux vêtements et accessoires vestimentaires. Le choix des termes présentés est une sorte de coup de cœur pour leur saveur exotique, leur sonorité particulière ou l’originalité du concept affleurant sous le mot. Alors bon voyage au travers de cette chronique hebdomadaire.

EmRoy

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6 Réponses

  • Nathan de Piriac sur décembre 25, 2015, 11:50:11

    Je confirme que je ne suis pas un spammeur, mais je suis un « fan » de votre blog. Joyeuses fêtes de fin d’années et longue vie à votre blog (et à vous même aussi)…

    Répondre àNathan
    • EmRoy sur décembre 25, 2015, 22:26:13

      Toujours fidèle, Nathan, merci de votre commentaire qui nous apporte encore plus de lumière en ces temps de fêtes. Joyeux Noël à vous et à tous ceux qui liront ces commentaires.

      Répondre àEmRoy
  • Daniel LeSourd sur décembre 25, 2015, 20:19:31

    Merci pour toutes ces informations de circonstances! Bravo pour le site.

    Répondre àDaniel
    • EmRoy sur décembre 25, 2015, 22:22:36

      Merci beaucoup du compliment, Daniel, l’appréciation sera transmise à l’équipe. Joyeuses fêtes.

      Répondre àEmRoy
  • Nancy Falardeau sur décembre 25, 2015, 22:26:35

    Bonjour Emmanuelle, j’aime tonb blog, super bien fait. Au plaisir de te lire à nouveau.

    Nancy

    Répondre àNancy
    • EmRoy sur décembre 25, 2015, 23:11:57

      Nancy bonjour, merci de ton commentaire très encourageant, surtout venant d’une pro de l’image et de la photo. N’hésite pas à partager ce lien et à inciter d’autres aventuriers du Net et de la langue française à venir fureter sur le blogue… on y voyage pour pas cher!:) Excellentes fêtes de fin d’année.

      Répondre àEmRoy

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