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A pour anorak


Le premier périple de l’Abécédaire insolite va nous mener vers le Grand Nord canadien, ces terres de glace que John Rae (1813-1893), chirurgien, négociant en fourrures et grand explorateur, a su apprivoiser lors de ses explorations, grâce, notamment, aux relations privilégiées qu’il tissa avec les Inuits installés dans ces régions. Nomades vivant de cueillette et de chasse, ces peuples ont appris à vivre en symbiose avec la nature, malgré la dureté du climat, et ont développé des trésors d’ingéniosité pour survivre. Pour relever ce défi, l’un des premiers enjeux fut de se vêtir adéquatement, afin de se protéger du froid polaire. C’est ainsi que patrimoine, histoire et modernité se rejoignent dans ce vêtement du XXIe siècle, l’anorak, apparemment anodin, mais si essentiel à la survie du peuple inuit qui l’a inventé. 

Illustration anoral_L. Royer©2016, illustration originale de Ludovic Royer — Infographie : Création Romu

Le mot « anorak » provient de la langue des Inuits, les habitants autochtones qui peuplent l’Arctique nord-américain, dont l’Arctique canadien, ainsi que les régions s’étendant, sur plus de 6 000 km, entre le détroit de Béring et l’est du Groenland. Au Canada, ces populations indigènes occupent les régions les plus au nord : Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Labrador et Nord-du-Québec. Pendant longtemps, on a englobé ces habitants sous le gentilé ou nom « Eskimos ». Cette appellation est encore utilisée aux États-Unis, alors qu’au Canada et au Danemark, on désigne cette population sous le nom d’« Inuits ». Ce mot signifie « les gens » dans la langue inuit, l’inuktitut, et il convient de les appeler ainsi, tant par respect de la culture que des préférences de ce peuple.

Cette population de chasseurs que sont les Inuits est exposée aux froids intenses du Grand Nord et à la rudesse du climat. De tout temps, ces autochtones ont confectionné des vêtements pour se protéger du vent et de l’eau (présente sous forme de gel, neige ou glace dans leur environnement).

Le mot inuit annuraaq est à l’origine du terme « anorak ». Repris et adapté dans la langue française, il est couramment utilisé de nos jours. Il signifie « vêtement » et provient lui-même du terme inuit anuri qui veut dire « vent ». Il s’agissait, alors, d’une parka avec capuchon que l’Inuk enfilait par la tête. Pour la fabriquer, les populations autochtones utilisaient de la fourrure ou un matériau très approprié doté de résistance et de légèreté : les intestins de phoque. Après avoir nettoyé les organes, les avoir gonflés à l’air et séchés au soleil, ils les découpaient en bandes et assemblaient celles-ci avec un fil hautement naturel garantissant une parfaite étanchéité à l’ensemble : la membrane fileuse blanche qui recouvre et enveloppe les muscles (appelée « aponévrose » en anatomie).

U 40 - Anorak inuite HDAvignon Fondation Calvet – Photo : Camille ALEMBIK

Tout en étant imperméable à l’eau, ce tissu organique permettait de laisser passer la vapeur d’eau émise par le corps humain… Le matériau précurseur du GORE-TEX® en quelque sorte ! Même si, au Canada, les premiers contacts avec les Inuits remontent au XVIe siècle, ce n’est qu’au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle que les échanges avec ce peuple sont devenus plus réguliers. Tout au début des années 1900, le continent européen découvrit donc la parka inuite, à l’occasion des expéditions effectuées par les explorateurs polaires. Ces contacts avec les peuples autochtones du Grand Nord leur permirent même d’utiliser la veste traditionnelle pour les membres de leurs propres missions. L’anorak faisait ainsi son entrée officielle dans la société et la garde-robe européennes et allait gagner en notoriété, au fil des modes et des inspirations de ses créateurs.

À l’image de son ancêtre inuit, l’anorak du XXIe siècle désigne un blouson court comportant ou non une capuche. Il se démarque de la parka inuite par sa longueur, car il s’arrête à la taille. Toutefois, sa forme a évolué et offre, de nos jours, une coupe plus souvent cintrée et une taille élastiquée. Les caractéristiques liées à son design ont, elles aussi, subi des transformations ou des ajouts, comme par exemple : fermeture à glissière sur toute la longueur, manches comportant des poignets élastiques ou réglables, protège menton en microfibre, poches chauffe-mains, système d’attache pantalon-veste, passe gants, poche média intérieure avec fermeture éclair, capuche-cagoule, etc. Les notions de commodité et de polyvalence ont été déterminantes dans cette évolution, qu’il s’agisse d’un usage sportif ou d’un look tendance, puisque l’anorak s’est offert un véritable show (-off) dans les défilés et collections haute couture, attirant tous les regards et projecteurs sur lui.

À la différence de la veste traditionnelle faite en boyaux de phoque, le spécimen moderne, on s’en doute, est confectionné dans des tissus plus actuels adaptés à nos civilisations et procédés de fabrication occidentaux. La toile de coton utilisée tout d’abord a laissé place aux textiles synthétiques (polyester, nylon, microfibre, etc.).

Infographie : Création Romu

Ces matières imperméables, souvent composées de fibres ultraperformantes, offrent une bonne résistance au froid et à l’humidité. Le design et les modèles disponibles sur le marché sont très variés : doudoune matelassée avec du duvet ou de la plume, blouson ouatiné utilisant des microfibres, anorak cagoule avec lunettes intégrées, anorak façon imperméable, anorak en plastique translucide, etc. La richesse des couleurs et la variété des motifs imaginés par les créateurs apportent à ce vêtement toute la modernité nécessaire à sa commercialisation à grande échelle.

Tous ces paramètres font de l’anorak la veste idéale pour les sports d’hiver (ski de piste, ski de randonnée, snowboard ou monoski, raquettes, etc.) et contribuer à surprendre et ravir l’œil humain en créant une mosaïque vivante sur la blancheur des pistes enneigées.

JUIL13_JUIN18_PL004Crédit Pascal Lebeau Photographie

Le thème de cette première série alphabétique vous invite à voyager au travers de mots se référant aux vêtements et accessoires vestimentaires. Le choix des termes présentés est une sorte de coup de cœur pour leur saveur exotique, leur sonorité particulière ou l’originalité du concept affleurant sous le mot. Alors bon voyage au travers de cette chronique hebdomadaire.

EmRoy

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3 Réponses

  • Thérèse Morin sur décembre 18, 2015, 14:54:47

    WOW! Toutes mes félicitations pour cette belle idée de dictionnaire.
    Textes fort bien rédigés. Vous devriez en faire des blogues.
    Un grand merci en couleurs de partager ces informations!

    Répondre àThérèse
    • EmRoy sur décembre 18, 2015, 15:13:32

      Thérèse bonjour,
      Merci de vos encouragements et de vos appréciations. L’idée de partager ma passion pour le français et une infime partie de ses mots est donc récompensée.:)

      Répondre àEmRoy

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